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Justice Divine, Injustice de l’Homme

L’histoire de l’humanité est marquée par une succession d’injustices et de violences infligées par l’Homme à ses semblables. Poussé par une soif de pouvoir, d’hégémonie et d’expansion, il impose sa domination par la force, piétinant les droits fondamentaux de ceux qui se dressent sur son chemin. Il envahit, opprime, emprisonne et exproprie, détruisant les fondations mêmes de la société : les écoles, les hôpitaux, les lieux de vie, réduisant des civilisations entières à des ruines. La vie humaine, quant à elle, est sacrifiée sans scrupules. Cette brutalité sans limites témoigne d’un mépris absolu pour la dignité et l’existence de l’autre.

Face à cette réalité accablante, une question essentielle surgit : où est la justice divine ? Pourquoi Dieu, n’intervient-il pas pour arrêter les massacres, punir les oppresseurs et rendre justice aux victimes ? Cette attente, pour certains, est une épreuve, un rappel que si la justice humaine est faillible, celle de Dieu s’exercera dans l’au-delà, où chacun devra répondre de ses actes devant un tribunal suprême, impartial et inéluctable.

Mais cette perspective, aussi réconfortante soit-elle pour les croyants, soulève un dilemme profond : devons-nous nous résigner à patienter en attendant le jugement dernier ? Sommes-nous condamnés à rester spectateurs de l’injustice, tandis que l’oppression se répand et que des vies innocentes sont anéanties sous nos yeux ? Pouvons-nous nous contenter d’espérer la justice divine, alors que l’humanité souffre et que l’injustice façonne le cours de l’histoire ?

Loin d’être une fatalité, cette situation nous interpelle sur notre responsabilité collective. N’avons-nous pas, en tant que société, un devoir moral et politique d’agir pour freiner l’oppression, protéger les plus vulnérables et restaurer la dignité humaine ? Si la justice divine est une certitude pour les croyants, elle ne doit en aucun cas nous dispenser d’agir ici et maintenant. Car la vie terrestre est courte, et chaque être humain a le droit d’exister dignement, sans ne être persécuté ni écrasé par la loi du plus fort.

Cependant, l’Histoire nous enseigne une triste leçon : la justice humaine, loin d’être un idéal universel, est souvent instrumentalisée par ceux qui détiennent le pouvoir. Loin d’incarner l’impartialité et l’équité, elle devient un outil entre les mains des plus puissants pour justifier leur domination. À travers les siècles, chaque civilisation a imposé ses lois aux autres, établissant un ordre fondé non sur la justice, mais sur la loi du plus fort. Après 1945, l’ordre mondial a été redéfini par cinq grandes puissances, qui se sont arrogé un privilège de veto, excluant ainsi le reste du monde des décisions majeures. Ce système, marqué par un déséquilibre flagrant, consacre une injustice structurelle, où les voix des plus faibles sont étouffées sous le poids des intérêts géopolitiques et économiques.

Comment, dans ce contexte, espérer bâtir une société juste ? Faut-il croire que l’Homme, dans son état actuel, est incapable de fonder un ordre véritablement équitable ? Devons-nous admettre que seule une intelligence omnisciente et une moralité absolue seraient en mesure d’ériger une justice universelle ? Et si tel est le cas, sommes-nous condamnés à un cycle sans fin, où chaque civilisation impose sa loi à l’autre jusqu’à sa propre disparition, avant d’être remplacée par une nouvelle hégémonie tout aussi oppressive ?

Dans La République, Platon envisageait une cité idéale où la justice régnerait en maître, où chaque individu occuperait une place en harmonie avec l’ensemble, dans un système guidé par la raison et la vertu. Mais comment transposer cette utopie dans un monde gouverné par les rapports de force et les intérêts égoïstes ? Comment faire émerger une société où la justice n’est pas un privilège réservé à quelques-uns, mais un droit universel garanti à tous ?

Il ne s’agit pas de choisir entre la justice divine et la justice humaine, mais de comprendre que si la première est une promesse d’éternité, la seconde est une nécessité immédiate. Attendre passivement une justice qui viendrait d’ailleurs, c’est abandonner notre propre responsabilité. L’injustice persiste parce que ceux qui en souffrent sont réduits au silence, et ceux qui pourraient la combattre choisissent trop souvent l’indifférence.

Construire un monde plus juste exige un éveil collectif, une remise en question des systèmes qui perpétuent les inégalités et une volonté ferme d’agir au-delà des clivages idéologiques et des intérêts de domination. Car si l’Homme est capable du pire, il porte en lui aussi la capacité de créer un avenir fondé sur l’équité et la dignité partagée. C’est à nous de choisir si nous voulons être les spectateurs résignés d’un monde d’injustice, ou les bâtisseurs d’une société où la paix et la justice deviennent enfin une réalité.

Noreddine.Z

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